22 avril 1843

« 22 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 53-54], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10888, page consultée le 02 mai 2026.

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Bonjour, mon petit Toto bien-aimé. Bonjour, mon cher adoré, comment vas-tu ce matin ? Tu n’es pas venu, méchant, mais je m’y attendais. Je sais trop bien que tu n’as pas coutume de faire deux repas chez moi dans la même journée. Aussi je t’attends ce soir avec bien de l’impatience. J’espère, cependant, que tu viendras avant ce temps-là car ça serait trop long. J’espère aussi, mon bien-aimé, que tu ne feras qu’entrer et sortir au théâtre ce soir. Il serait bien triste pour moi, de savoir que tu y restesa plus longtemps les jours où je n’y suis pas. Pense que je t’attends, que je te désire et que je t’aime, trois choses dont une seule fait paraître le temps éternellement long à plus forte raison quand elles sont réunies toutes les trois. Le temps paraît être propice pour ce soir. C’est dommage que les circonstances le soient si peu. Le jeu de Beauvallet surtout est pour beaucoup dans cette affaire. J’ai rarement vu jouer avec ce cabotinage. J’ai hâte que cet homme ait renoncé tout à fait au rôle, plût à Dieu qu’il ne l’ait jamais joué et que ce fût Frédéric1 qui eût créé le rôle et le joue. Mais, comme tu le dis, tout cela n’est que l’affaire du moment et l’ouvrage en dehors de la scène n’en reste pas moins le chef-d’œuvre de tes chefs-d’œuvreb. Je t’aime mon Victor adoré. Je voudrais faire quelque chose qui pût te prouver mon amour comme je le sens : je voudrais mourir pour toi. En attendant, je vis pour t’aimer et pour t’adorer de toute mon âme.

Juliette


Notes

1 Frédéric Lemaître a créé Ruy Blas.

Notes manuscriptologiques

a « reste ».

b « chefs-d’œuvres ».


« 22 avril 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16352, f. 55-56], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10888, page consultée le 02 mai 2026.

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Je viens de faire la recherche sur Pfaffenhauphen1 que tu m’as demandée hier. Voici ce que j’ai constaté : – dernier argent donné le 12 mars 1839 200 F. En même temps j’ai fait une autre découverte qui, pour n’être pas aimable n’en était pas moins très utile. C’est lundi 24 qu’échoient les deux plus fortesa reconnaissances montant ensemble à 750 F. Heureusement que je n’avais encore payé personne et que j’aurai l’argent pour cela et au-delà. Il est vrai que j’ai écritb à la blanchisseuse de dentelle qu’elle pouvait venir chercher son argent, qu’il était tout prêt  ; ce qui m’expose à avoir un faux air d’une blagueuse si elle vient chercher son argent ce jour-ci.
Voilà un beau gribouillis, j’espère, voime, voime, mais dont tu te passerais bien et moi aussi. Cependant, il n’en est pas moins très heureux que j’aie eu à fouiller dans mes papiers car sans cela je laissais passer la date, ce qui m’exposait à perdre quelque chose comme cinq [illis.] francs. Mais j’y pense, mon pauvre adoré, je dis que j’aurai au-delà de ce qu’ilc faut pour payer le renouvellement, c’est-à-dire que je n’aurai pas assez : j’ai 66 F. et ce sera au moins 80 F. Quel mois mon Dieu ! le loyer, la pension de Claire, le Mont-de-piété, Pfaffenauphen tout à la fois. Si mon amour pouvait se convertir en argent, tu ne t’apercevraisd pas de cet encombrement et tu serais le plus riche des hommes comme tu en es le plus aimé mais hélas ça n’est pas possible.

Juliette


Notes

1 Ville du Bas-Rhin où le Général Léopold Hugo, père de Victor, a été en garnison.

Notes manuscriptologiques

a « forte »

b « écris »

c « qui »

d « appercevrais »

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.

  • Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
  • 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
  • 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
  • PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
  • 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.